Au fil de son commentaire sur le Cantique des Cantiques (120 sermons), l'abbé anglais se livre à cette réflexion sur le mystère de l'Incarnation du Verbe :
TOI, Splendeur émergeant de la lumière éternelle, avec la même générosité innée qui t'a fait étinceler dans la splendeur des saints, quand, avant l'aurore, tu étais engendré dans le sein du Père, tu es venu nous trouver miséricordieusement, nous qui ne pouvions aller te trouver. Et parce que tu étais la Sagesse, artisan merveilleux de l'univers, tu as fait une merveille, réalisé un chef-d'œuvre, tu as accordé le salut, tu as rendu la santé aux aveugles et aux malades. Car, puisque le monde, dans la lumière invisible de ta sagesse, ne t'a pas connu par la sagesse, tu as daigné trouver bon d'éclairer les aveugles, de guérir les malades par une sorte de folie.
Tu étais la grande Lumière cachée dans le sein du Père : tu es sorti de ta retraite pour te montrer chez nous au grand jour. Toi la grande lumière des grands (les anges),
tu es devenu le modeste lumignon des petits, petite lampe que non seulement nos yeux pouvaient voir, mais nos mains toucher...
Tu es sorti du sein resplendissant de la Vierge, toi la lumière resplendissante, tu as dressé ta tente dans ce soleil, soleil que toi, source de lumière, tu t'es créé pour toi.
Ainsi, ô Bienheureuse Lumière, toi qui étais Seigneur, tu t'es atténué dans ta sagesse, adapté aux privés de sagesse.
Jean de Ford, Sermon 7 sur le Cantique, § 5
Ce qui fascine ici Jean de Ford, c'est que le Créateur tout puissant, l'Au-delà de tout, de tout ce que l'homme peut percevoir avec ses capacités limitées, contingentes, se rend accessible, voile son éclat et sa transcendance en entrant "pour de bon" dans son monde créé, en existant en lui comme une créature, que les êtres incarnés, contingents que nous sommes peuvent atteindre, expérimenter.