André Louf - Carême, joie du désir spirituel

Purifier le désir, guérir la peur, apprendre la joie

Mercredi des Cendres… chaque année, les mêmes textes pour nous inviter à la pénitence (Joël 2,12-18), pour nous rappeler que c’est un temps favorable, un temps de grâce à ne pas laisser passer en vain (2Co 6,2), un temps où le Christ nous appelle à la prière, au partage et au jeûne, mais discrètement… un temps traditionnellement compris comme plus ascétique.

Comment lancer sa communauté dans un tel temps ? Comment inaugurer au mieux la « sainte quarantaine » ?

Deux homélies de Dom André Louf sont éclairantes. Leur dénominateur commun : la joie. Car c’est la joie qui est le mot d’ordre de Benoît alors même qu’il appelle à un réveil de ferveur et d’ascèse. Et don Louf de commenter :

Ce sont des jours saints, comme les appelle saint Benoît. Des jours saints parce que, à chacun de nous, ils offrent une grâce particulière. Quelle grâce ? Rien d’exceptionnel. Un approfondissement de la grâce qui nous est offerte tous les jours, une transparence plus grande, une pureté.

André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le Mercredi des Cendres

Cette pureté n’est pas de l’ordre d’une perfection surajoutée, ni d’une aseptisation de notre humanité :

Le Carême, c’est apprendre à mieux repérer notre joie, notre vraie joie. Pour saint Benoît, c’est la joie qui marque le Carême et qui est la mesure du Carême. Le moine traverse ce temps liturgique en attendant la fête de Pâques, « avec la joie du désir spirituel ». Et tout ce qu’il ajoute à son observance habituelle, dit saint Benoît, n’est justifié que dans la mesure où cela « est offert avec la joie du Saint-Esprit ». Notre vie monastique tout entière, comme le Carême, est à la mesure de notre joie ; elle ne s’explique que par la joie qui fait exulter notre cœur et nous ne pouvons y progresser que dans la mesure où nous nous abandonnons aveuglément à cette joie qui nous pousse à l’intérieur.

André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le Mercredi des Cendres

Mais il y a joie et joie, et le Carême est l’occasion d’un discernement, d’un tri : qu’est-ce qu’une vraie joie ? qu’est-ce qui en fait n’est qu’une petite satisfaction plaisante, un agrément passager mais qui en fait laisse sur sa faim, ne change pas la tristesse ? Dom Louf explicite :

Pas n’importe quelle joie, nous le savons, mais « la joie du désir spirituel ». Les deux vont ensemble et ne peuvent être dissociés : notre joie la plus profonde est le désir que l’Esprit Saint met sans cesse dans nos cœurs.

André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le Mercredi des Cendres

 Ce discernement suppose de notre part que nous nous engagions, que nous prenions quelques mesures concrètes :

Le Carême réduit un peu quelques plaisirs extérieurs, quelques joies et consolations cueillies à la sauvette le long des sentiers d’ici-bas. Et, en faisant ainsi, il nous aide à mieux discerner au plus profond de nous-mêmes les sources de la seule vraie joie.

André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le Mercredi des Cendres

 Cet exercice, cette ascèse, n’est jamais un but en soi, et ne doit pas retenir notre attention au point qu’elle nous fasse oublier ce pour quoi elle est faite : tourner notre regard vers le but : 

On ne craint pas, on ne sent même pas le dépouillement passager et superficiel lorsque le regard et le cœur demeurent fixés sur l’achèvement qui est devant nous. Dans la joie, attendons la Sainte Pâque. C’est elle qui gonfle dès à présent nos cœurs d’un désir que seul Jésus ressuscité pourra exaucer.

André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le Mercredi des Cendres

 

POUR ALLER PLUS LOIN...

  • André Louf, Seul l'amour suffirait. Commentaires d'Evangile pour l'année A, Desclée de Brouwer, Paris, 1983.
  • André Louf, Heureuse faiblesse. Homélies pour les dimanches de l'année C, Desclée de Brouwer, Paris, 1997.
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